L’article inutile, le retour

- « Ta gueule Nico !»

Paolo n’était pas du genre patient, surtout quand il s’adressait à un interiste. Je ne pouvais qu’acquiescer :

- « C’est vrai Nico, tu fais trop de bruit, on va se faire repérer. »

L’algéro-laotien nous fustigea du regard. Il savait que l’opération était risquée, que nous nous devions d’être discrets et rapides, ainsi il se tût et se mit en place. La paire de Van’s qu’il avait aux pieds n’allait certainement pas l’aider en terme de vitesse d’exécution, mais nous n’avions plus le temps de nous en préoccuper.
Et puis, qui pouvait lui reprocher ce détail ? Paolo, avec ses Stabil saumon-fluo ultra-voyantes ? Romain, avec ses bottes de plomb sorties tout droit du Temple de l’eau ? Ou bien moi, avec ma paire de tongues à fleurs et ma chemise-parachute XXL rose ?

Comme souvent, Vincent et ses Pegasus manquaient à l’appel. Trop tard pour s’en inquiéter, l’opération se fera à quatre. Seulement quelques jours après l’attaque terroriste perpétrée à l’encontre de la célèbre Carenco, l’endroit était plus que jamais surveillé. Le principal suspect dans cette affaire, un certain G.Pagotto, leader d’un groupuscule néo-nazi, avait été écroué, mais malgré les multiples pressions policières, refusait d’avouer, sa défense étant principalement basée sur le fait qu’il aurait simplement cherché à extirper un mouchoir de sa poche. Incompréhensible, cherchait-il à plaider la folie ?

Peu importait le coupable, il fallait absolument passer au travers de cette protection militaire, quel qu’en soit le prix. Même si l’un des nôtres devait y laisser la vie. C’est pour cette raison que Romain partit en éclaireur : si l’un de nous devait y passer, autant que ce soit le noir. Et puis, l’obscurité ambiante était un avantage incroyable pour ce garçon : il lui suffisait de garder la bouche fermée, et il se fondait dans la nuit. Il escalada donc le mur d’enceinte, et avança furtivement, prenant soin de ne surtout pas éveiller l’attention des gardes.

Cinq minutes passèrent. Six. A la septième, le Nokia 3410 de Nico vibra : c’était le signal que nous attendions, la voie était libre. Un à un, nous franchîmes donc le mur qui bordait la propriété, et avançâmes dans la pénombre. Quelques minutes plus tard, nous avions rejoint Ro’, sagement tapi dans l’ombre d’un saule pleureur. La partie la plus difficile allait commencer.

- « Il paraît que Milan est sur un jeune brésilien, tu vas rire, le mec il s’appelle Kaka’ ! »
- « Encore un feu de paille brésilien, il va arriver en Europe, jouer une demi-saison et repartir dans son club formateur … »

Renaud et Dupont, les deux gardes étaient pris en pleine discussion footbalistique. Le silence régnait tout autour, si bien qu’entendre un oiseau à cette heure-ci de la nuit leur paru suspect. Le premier décida donc, par pure précaution, d’aller voir cet étrange volatile d’un peu plus près. Il n’eut même pas le temps de le voir. La seule chose qu’il eut le temps de distinguer, c’est un pain de glace et un maillot de l’Argentine : Nico n’avait pas manqué son coup. Il remercia Ro’ d’avoir mis en place cette diversion pour le moins inhabituelle, à base d’onomatopées sorties du fond de la gorge, de claquements de langue, et de petits couinements primaires, une technique apprise lors de sa jeunesse papouasienne, parmi le peuple de la forêt.

Lorsqu’il vit arriver les quatre compères, Maurice Dupont n’eut que le temps de ravaler ses litres de salive.

- «Tu en as trop vu, dit sèchement Paolo
- Mais comment peut-il voir, puisqu’il est aveugle ? rétorqua Maurice
- Attachons-le », conclue-je.

Pendant que Nicolas et Romain le ligotaient, je préparais avec Paolo une seringue qui nous aiderait à nous venger de toutes les heures de TD passées le lundi de 16h30 à 17h30 après deux putains d’heures de français dans la salle de grec. Lorsque Momo fût parfaitement immobilisé, mon ami le sosie de Zinédine injecta le contenu de la seringue dans l’avant-bras vieilli du captif. C’était fait. Le virus de la peste était en lui et parcourait ses veines, contaminant une à une chacune des cellules de son corps. Il fut donc mis en quarantaine.

Les gardes neutralisés, l’objectif touchait à son but. Nous pénétrâmes alors à quatre dans la maison lubrifiée, à la recherche de notre Graal : une liasse de billets d’une valeur de cent-soixante euros, «prêtés» fort généreusement par l’ami Choulay à son douilleur de camarade, Flo, a.k.a «Jack Daniels». La pénétration était presque parfaite, dans une maison tout à fait vierge : nous ne fîmes pas le moindre bruit, ne laissâmes pas la moindre trace. Ayant récupéré sans grande difficulté la somme d’argent, nous étions parfaitement satisfaits de l’opération : tout s’était déroulé comme convenu, sans bavure, sans erreur. Pour fêter cela, Nico se dirigea alors vers la machine à café, prêt à prendre sa dose quotidienne de caféine :

- «Polo, regarde, ma mère a la même machine ! Quand tu veux la vider, tu fais comme ça et … »

SPLASH !!
Des litres d’eau jonchèrent instantanément le sol. Une véritable inondation. Pas le temps de chercher une serpillière, il fallait déguerpir, et en vitesse. En toute hâte, je saisis alors Romain, qui était en train de gerber dans l’évier, par le col, et, d’un geste ignoble, celui-ci me rendit son petit déjeuner, ruinant mon pantalon, mes chaussures et ma chemise par la même occasion. Mais là n’était pas le plus grave, oooh non : nous avions réveillé la bête. Pas la bette, le truc dégueulasse que tu manges au self le midi, accompagnée par des raisins au poivre, non. La bête, celle qui sommeillait au coeur de la maison, celle qui était tapie dans l’ombre, guettant le moindre faux pas. Oui, la bête : Juan Sebastian Veron.

- « Pero quièn es usted ?! hurla-t-il
- Heu … répondis-je balbutiant, c’est parce que bah en fait heu voilà quoi c’est à dire que en fait on avait oublié notre sac de sport au gymnase et …
- Cours ! » s’écria Nico dans un geste de panique.

Je n’eut même pas le temps de faire le premier pas. Le cerbère argentin avait retiré ses lunettes et ses yeux crachaient des flammes. Encerclés par le feu, nous étions faits. Plus aucun moyen d’en réchapper, je vis ma vie défiler devant mes yeux, chacun de nous vit sa vie défiler, un peu comme quand arrive un coup de barre de fer, et que tu as un vingtième de seconde pour l’esquiver. C’est alors que Nico, dans cette succession de flashs, s’arrêta sur une image, somme toute assez récente : moi, complètement beurré, endormi, les jambes au milieu des flammes.

Quel éclair de génie ! Oubliant subitement ma frayeur, je me jetais dans le feu, brandissant rageusement un 45 Smith & Wesson chromé tah Vince dans La Haine, criant « Tu veux jouer à la vache ? Okay ! Tu veux jouer à la vache ? Okay ! On va jouer à la vache ! »

- « Putain mais d’où tu sors ce fuckin’ gun ? s’étonna Paolo
- Comme dit Salif, chez nous le taff c’est plus difficile à trouver qu’un 6.35, repondis-je
- Et comment t’a fait pour mettre Veron à terre ? enchaina Nicolas
- Comme dirait Seth Gueko, même Beckham peut pas amortir de la poitrine une balle de shtar !!
- Hèèw !! Aww’ète avè’c tes waapeuuuuuurs !! gloussa avec un énervement notable Romain
- Et puis, on est en 2003, ces lyrics ont pas encore été écrites, y’a comme qui dirait un paradoxe temporel là ! reprit Paolo
- Ah ouai merde … C’est peut-être dû à une fluctuation quantique de l’espace-temps, conclue-je Cluj. Attends mais on est en 2003, donc … je tise encore, je bédave encore … Wouuuuuuu tous chez Odry et faites péter le champagne et les spliiiiiff hahaaaaaaa !! »

Une grosse chtavarte de Nico me remit dans le droit chemin. Il est vrai, nous n’avions plus le temps de nous éterniser. Trop de contretemps, trop de minutes perdues, il fallait y aller. Nous avions encore à rencontrer le leader spirituel des révolutionnaires communistes, un certain Mario Guerrini. « Super Mario », qu’ils l’appelaient. Les sirènes retentirent, fini de tergiverser. L’entrée principale bouchée, il fallait passer par derrière. La correspondante allemande de Xavier nous ouvrit la porte du garage, nous nous faufilâmes discrètement jusqu’au fond de la propriété, et arrivâmes face à notre seule issue : la falaise.

Sans la moindre hésitation, je me jetais dans le vide, suivi de près par Paolo, puis, malgrè quelques hésitations, par Ro’, qui avait pris le soin de gonfler sa bouée afin de flotter une fois arrivé dans l’immense étendue d’eau qui se trouvait une vingtaine de mètres plus bas. Il ne manquait plus que notre ami en Van’s. Malgré nos divers encouragements (« Sauuute Nico, sauuute », « Alleeeeez sauuute », et autres « Graaaaande Gueule »), rien n’y fit. L’animal n’eut bientôt plus le temps de s’échapper. Le trappeur l’attrapa.

Après trois kilomètres de nages, nous nous échouâmes sur une plage de l’autre côté du lac. Nico était fait prisonnier. Il fallait le récupérer. Parce que, quoi qu’il arrive, tout part du Staff.

To be continued …

7 Risposte a “L’article inutile, le retour”

  1. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA
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  2. J’EN PLEUREEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE

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    T’ASSURE CHAUSSURE!!!!!!
    MAGIKKK!!
    VIVEMENT LA SUITE XD

    EXCELLENT Jé aka DAD Mc j’avais pas ri comme ça depuis cette merveilleuse époque :D

  4. TOUT part du STAFF :D
    ah non mais trop trop bon :)

  5. Jé c’est juste génial ce que tu nous as pondu là!!
    Je le relis pour la…X ieme fois et vraiment je m’en lasse pas :D

    To be continued … ah bah vivement!!! ;)

  6. jihadbynature Dice:

    Merci Ro’, ton commentaire tombe vraiment à pic, si tu savais !! Très encourageant, ça fait zizir (pour utiliser une expression qui n’existe plus depuis cinq ans).
    La suite ? Je crains que ce ne soit pas de suite, d’autres chats à fouetter (niak niak niak fouetter un chat), mais je m’y attèlerais un jour où j’ai rien à faire.

  7. :D :D :D :D
    Je l’ai relu une fois de plus entre deux cours :D
    Mais vraiment dès que t’as finis de fouetter les chats en question (fais attention Vincent, membre actif du site http://www.passionchats.com/ risque de te menacer de mort s’il apprend ça!) offre nous la suite qui risque d’etre awesome !!

    En esperant que tout va bien (football mis à part :s :’( )
    Bises

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